L’entrepreneuriat au Gabon 4/5 – Yannick Eyeghe

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Amazing people, Société

Vous pouvez retrouver les précédents articles du dossier : Partie 1 / Partie 2 / Partie 3

Nous poursuivons notre série de témoignages sur l’entrepreneuriat au Gabon, après un long hiatus. Cette fois, nous avons discuté avec Yannick EYEGHE, fondateur de Eyegates Services. Depuis notre rencontre, il a lancé ADZIIK, une plateforme qui a pour objectif de rassembler tout le contenu africain (musique et littérature pour l’instant) afin de le proposer à la vente.

A propos de son parcours :

Je m’appelle Yannick EYEGHE. Qui suis-je ? Un jeune homme avec plein de rêves dans la tête. Pour parler de mon parcours, j’ai fait un BTS en informatique. A la suite de ce BTS, j’aurais voulu continuer mais les choses de la vie ont fait que j’ai dû m’arrêter là. Les opportunités qui ce sont présentées à moi à cette période me permettaient de résoudre certaines situations du moment. Je suis donc entré dans la vie active en 2007 en tant que développeur. J’ai effectué de nombreuses missions en tant que consultant dans différentes structures telles qu’ACCENTURE, SFR ou encore ADP. Et ces trois dernières, j’ai eu envie de stabilité professionnelle et de connaitre la culture d’entreprise. Du coup, j’ai intégré une filiale de La Poste pour travailler sur leur produit. Mais je vais quitter ce poste dans quelques mois pour concrétiser mes propres projets.

A propos de son statut de « Retournant [ndlr : un « Retournant » est un membre de la diaspora qui décide de rentrer dans son pays d’origine pour y travailler.]

Je suis sur le point de lancer EG Services et, globalement, cela va consister à mettre à disposition des services sur Internet dans divers domaine et en Septembre le premier service sera lancé. Mais pour l’instant, je ne peux pas en dire plus.

J’ai choisi de rentrer parce que, comme je le disais déjà, je souhaite concrétiser mes projets. Et contrairement à la croyance populaire, j’estime qu’on ne vit pas bien ici. Et je ne pense pas que lorsque l’on est en France, on est riche. C’est d’ailleurs quelque chose de difficile à faire comprendre à ceux qui sont restés au pays : les gens ne se rendent pas compte de la réalité que nous vivons ici. Entre les impôts, les loyers et les charges, mon salaire va partout sauf dans ma poche. La deuxième raison de mon retour, c’est la qualité de vie quand on a un emploi. Pour une personne avec des compétences qu’elle peut revendre, la qualité de vie est meilleure en Afrique. Et aussi parce que je suis quelqu’un d’action, j’ai envie de faire bouger les choses ; je veux être acteur de mon environnement et contribuer au bon développement de mon environnement.

A propos des démarches qu’il a dû entreprendre :

Le problème avec l’Afrique francophone est qu’on fait beaucoup de Business Plan et on franchit rarement le premier pas. Pour la création de mon entreprise, je n’ai fait aucun BP, rien, juste mes fonds propres et je me suis lancé. J’ai développé ce j’avais à développé et. Je me suis quand même assurer que mon offre correspondait à une demande sur le marché ciblé, qu’il y avait un réel besoin et c’était suffisant. Je vais droit au but et je ne perds pas mon temps. Si ça accroche, c’est bien car ça permettra de mieux asseoir l’entreprise mais je ne compte pas attendre que quelqu’un veuille bien financer mon projet.

Pour les démarches, contrairement à ce qu’on peut penser – et j’ai été très surpris – ça s’est plutôt bien passé ; mis à part quelques aléas indépendants de la démarche, c’est très simple et ça se fait en une ou deux semaine. J’avais un peu d’appréhensions, je me suis renseigné, avec tout ce que j’ai pu rassembler, je suis allé au Guichet unique du CDE. J’ai expliqué ma situation et on m’a remis une liste de documents à fournir. La création de l’entreprise en elle-même m’a pris quatre jours effectifs (non pas d’affilés mais mis bout à bout). Au CDE, ils m’ont remis la fiche circuit puis je suis allé aux Impôts pour la faire signer et obtenir mon Numéro Statistique que j’ai eu le lendemain. Pour finir, je suis allé à la Chambre du Commerce pour récupérer mon numéro RCCM dans l’après-midi. Aussi simple que ça !

A propos des victoires et des obstacles :

Le principal obstacle pour moi a été le retard dans l’obtention des éléments à cause des grèves de certains agents administratifs des Impôts et de la Douane.

Pour ce qui est de l’accompagnement des porteurs de projets, ceux qui ne savent pas trop comment s’y prendre pour lancer leur entreprise, je ne pourrais pas me prononcer dessus car j’avais une idée précise de ce que je voulais faire. Je me suis donc principalement renseigné sur les démarches à faire ; mais je pense qu’il y a néanmoins un accompagnement de la part du CDE.

A propos des afro-sceptiques et afro-optimistes :

Pour ceux qui utilisent l’excuse de l’environnement politique, j’ai envie de répondre «  En quoi une personnalité politique peut t’empêcher de faire ton travail ? ». C’est l’excuse facile.

Je suis moi-même passé par cette étape de scepticisme. J’ai quitté le Gabon à l’âge de 10 ans et j’espérais en jamais revenir parce que je ne comprenais pas comment un pays pareil puisse être dans cet état. J’étais en colère contre mon pays. Puis on grandit et on comprend certaines choses ; les citoyens se comportent exactement comme les personnalités politiques qu’ils décrient.

Pour contredire les afro-sceptiques, il y a, entre autres, l’exemple concret de Verone Mankou qui n’avait aucun fonds au début, il s’est battu et aujourd’hui ça fonctionne. Le seul frein, c’est la foi qu’on a en son projet. Sans cela, on n’avance pas. C’est mon état d’esprit. Je n’ai jamais vu l’Afrique dans l’état dans lequel elle est actuellement. Le tournant, c’est maintenant !

En ce qui concerne les afro-optimistes, je pense qu’il ne faut pas freiner leur enthousiasme parce que ça va dans le bon sens ; on ne freine pas le positif. Les réalités sur le terrain sont peut-être différentes de ce que l’on imagine mais il faut faire face aux obstacles qui se présentent. Ce n’est pas parce que la réalité est différente, difficile qu’il ne faut pas le faire. Au contraire ! Si une grande vague de la diaspora rentre avec cet état d’esprit plus orienté vers le développement du pays, cela aura un effet bénéfique sur les mentalités des autres. L’expérience des anciens et le regard neuf de la diaspora donnent quelque de chose de plus adaptée à tout le monde.

Par contre, ce qui me gêne un peu dans ce mouvement, il ne faut qu’on reste dans la parlotte ! Beaucoup sur les réseaux sociaux sont actifs mais reste dans leur confort à l’étranger. Oui, « Africa is the Future », mais certains attendent que ça se fasse pour venir bénéficier de ce futur. Seulement, lorsque ça ce sera fait, les pionniers contrôleront le marché et toi, tu étais un pion ailleurs, tu rentres en tant que pion ! Ceux qui veulent prendre des risques, ça se joue maintenant et dans les 4/5 années à venir.

 

Autres morceaux choisis de la discussion :

  •  J’estime que quand on vise un public, on doit les côtoyer au quotidien.
  • L’administration c’est le pire truc qui existe au monde » (en parlant des difficultés de certaines procédures)
  • En Afrique, il y a beaucoup de besoins ; même s’ils ne sont pas exprimés par manque de structures. Donc j’encourage les gens à proposer des choses, quelque soit le secteur, car ça peut fonctionner.
  • J’investis dans mon projet. Si ça marche, tant mieux. Si ça ne marche pas, je perds l’argent mis de côté mais je recommence un nouveau projet.

Plus d’informations :

Site Internet : www.adziik.com

 

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Observatrice silencieuse, je relate aussi fidèlement que possible ce que j'observe.

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